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La politesse de la croquette

Le nouvel obs Paris - Article de Maël Thierry - mars 2004

Les premiers mots sont toujours rassurants : « n’ayez pas peur, on ne verbalise pas. » Il y a aussi l’accoutrement :
le blouson siglé « prévention canine », les sacs plastiques en bandoulière, la tranquille Titi en laisse et le sourire
en toutes circonstances. Il y a enfin le petit mot sur l’âge du joli bichon, la santé du scottish terrier ou la marque
des croquettes du caniche. « C’est important qu’ils comprennent qu’on est du monde des propriétaires de chien. »
Alain Lambert en a trois à lui tout seul. Educateur canin depuis vingt-deux ans, il fait partie de la douzaine d’ambassadeurs
mandatés pour sensibiliser les propriétaires indélicats dans les quartiers les plus encrottés. « On ne peut pas mettre un
policier derrière chaque propriétaire de chien », résume t-il. Ce soir là, l’opération a lieu autour de la rue le Corderie,
dans le 3ème arrondissement, où une dizaine de distributeurs de sachets sont implantés en permanence. Une bonne excuse pour
certains : »J’allais ramasser, mais il n’y a plus de sachets », tente un jeune costard-cravate. Alain fait mine de le croire
et lui tend un sac. « Il y a six ans, il m’aurait insulté, explique l’éducateur. Là, au moins, il considère que le geste est
normal. » Plus loin, un goujat, un vrai, aussi énervé que son bouledogue. Tous les prétextes sont bons : « Delanoë est bien
gentil mais mon chien a été éduqué dans le caniveau », ou encore « le maire dit que ça pollue l’eau mais ma merde, elle va où ? »
, puis la mairie n’a qu’à donner des sacs » et « de toute façon, c’est mon dernier chien ». Alain déroule son argumentaire :
« un chien, ça fait en moyenne trois crottes par jour. Il y a 200 000 chiens à Paris, ça fait 600 000 crottes en une journée,
1,8 millions en trois jours… vous vous rendez compte, il faudrait distribuer autant de sacs. » Fiona, Anglaise expatriée et
ses deux compagnons à quatre pattes, Samantha et Castor, s’est achetée une pince spéciale déjections à Londres. Tout simplement
parce qu’elle n’en trouve pas dans les magasins ici. « Au début, on me regardait comme si j’étais folle, dit-elle. Il y a du mieux
mais il y a toujours ce tempérament des Français, moins obéissants. » Valérie aussi a appris la discipline à New York. Elle a
également un truc pour se faciliter la vie : les croquettes. Alain acquiesce : « ça fait plus de crottes, mais c’est plus facile
à ramasser que quand les chiens sont nourris à la pâtée. » Parole d’expert.